lundi 10 avril 2017

L’interview d'Alain Farine

Directeur de l’Association suisse des AOP-IGP


L’interview d'Alain Farine

La législation AOP-IGP a 20 ans. Retour sur l’aventure et perspectives de développement.

Quel regard portez-vous sur l’évolution des AOP-IGP en 20 ans ?
Surtout un bilan positif. L’objectif premier pour les filières, il y a 20 ans, était le maintien de l’identité et du patrimoine régional. C’est réussi ! L’étude que nous avons menée prouve qu’il y a des impacts à long terme sur les filières et les régions. Un produit est fédérateur d’une région. Mais les AOP-IGP permettent aussi le maintien et l’amélioration du niveau moyen de qualité du produit et sa protection contre les dérives. Pour éviter que l’on se retrouve, par exemple, avec du Vacherin Fribourgeois au poivre…

Et d’un point de vue économique ?
Là aussi c’est une réussite. Les AOP-IGP permettent de maintenir, voire d’augmenter, les prix à tous les échelons de la filière. Prenons l’exemple du lait : le prix du lait industriel s’est effondré depuis les années 90, alors que celui pour les spécialités est resté à un niveau tout à fait correct. Et puis il y a eu des crises, comme celle des subprimes ou l’abandon du taux plancher par la BNS. Et bien, malgré ces crises, les produits AOP-IGP ont maintenu leurs prix et leurs volumes sur le marché suisse comme à l’exportation (à l’exception particulière de l’Emmentaler AOP).

Quelles sont les perspectives d’avenir ?
Le principal défi est, face à la forte pression de l’évolution technologique, de maintenir les fondamentaux du produit, inscrits dans le cahier des charges. On parle ici de son âme et de son histoire. Il faut veiller à ce que ce soit toujours l’homme qui décide et qui fabrique, alors que les nouvelles technologies nous poussent vers l’inverse. Il y a aussi une évolution des modes de consommation, par exemple les produits sans lactose. Quitte à passer pour des conservateurs, nous devons résister pour maintenir l’ADN du produit. En revanche, nous devons nous adapter aux évolutions touchant la promotion, l’emballage ou la manière de consommer le produit.

Il y a actuellement 33 produits AOP-IGP. Et à l’avenir ?
Dix produits sont actuellement en procédure pour l’obtention d’une AOP ou d’une IGP. C’est le cas de la cuchaule dans la région fribourgeoise. Il y a une vraie dynamique et un potentiel important dans les produits carnés et de boulangerie. La Suisse est déjà, en Europe, le pays qui compte le plus d’AOP-IGP en proportion de la population.

Fait étonnant : la majorité des produits AOP-IGP dans notre pays sont suisses romands. Que font les Suisses allemands ?
Pas si étonnant que cela. C’est culturel. L’attachement au goût, au producteur, au patrimoine d’un produit est très latin. Ce sont d’ailleurs les Français qui ont inventé le concept. Dans les pays scandinaves, cette notion est quasi inconnue. Chez nous, les Suisses allemands sont beaucoup plus attachés à la sécurité alimentaire, à l’environnement, au bio, moins au goût et au patrimoine que représente un produit.

Article paru dans le journal « Intensité » de l’Interprofession du Vacherin Fribourgeois
Propos recueillis par Eric Plancherel, Fédération Patronale et Économique

 

Les AOP-IGP en chiffres (2016)

  • 33 produits (21 AOP et 12 IGP)
  • 15'000 emplois
  • 10'000 producteurs de matière première
  • 1'700 transformateurs
  • 1.56 milliards CHF de chiffre d’affaires à la consommation

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